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01.03.2010

Dans la cathédrale, pour les Impromptus

La consigne était double, il fallait :

- reprendre l'incipit du dernier roman de Christian Oster "Chaque matin, vers dix heures, je me levais..." pour commencer son texte,
- et y glisser également son titre "dans la cathédrale".

Le texte ci-dessous a été très légèrement modifié après sa première publication sur le site des Impromptus. Vous trouverez toutes les contributions à partir de cette page.


Dans la cathédrale

Chaque matin, vers dix heures, je me levais avec la régularité d'un métronome, d'une machine indifférente au monde, mais qui en bat la mesure. Il n'y avait rien du laisser aller dans ce réveil tardif aux gens ordinaires. Bien au contraire, j'y mettais toute la rigueur d'un monde militaire auquel je n'appartenais plus. Même si en y regardant de plus près, j'y étais sans doute encore. Et peut-être plus qu'avant. Qu'est-ce qui distinguait réellement l'ancien soldat du gardien de nuit ? Si vous pensez à l'arme vous vous trompez. Elle sert si rarement. Et d'une certaine façon bien trop souvent. Contre nous-mêmes la plupart du temps. Quand elle nous pète à la gueule alors que nous croyons en prendre soin. Où quand, tout au fond, c'est à elle de prendre soin de nous.
Les missions qui paraissaient insensées, les ordres qu'il ne fallait pas chercher à comprendre, j'avais ça aussi. J'avais ça encore.
Et les cons ! Les va-t-en guerre qui veulent en découdre pour avoir l'impression d'exister. Ceux qui perdent le sens des priorités. Si je courrais après les gamins dans cette usine désaffectée, c'était pas pour défendre leur tas de tôles et les deux ou trois bouts de ferraille qui pouvaient se revendre. Je voulais juste qu'ils ne se blessent pas, qu'ils tombent dans une fosse, n'importe quoi... C'est aussi pour ça que je n'avais pas voulu de leur saloperie de chiens d'attaque aussi sûrs que des grenades mal goupillées.
La vie bordel, je ne voulais plus que cela. La voir autour de moi, la sentir gentiment s'agiter, sans qu'il faille craindre les camions aux abords des marchés. Et même s'il fallait que je me lève à dix heures en me couchant à huit, après la relève, le temps de rejoindre le studio de fonction.
Maintenant que la boîte a été rachetée, il n'y a plus d'appartement mais une caravane au pied du hangar principal. Et plus de relève non plus. Je suis à nouveau seul. Avec ma solitude. Et plus aucune foi, dans la cathédrale de rouille.

09:31 Écrit par Gee Mee dans Jeux d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : impromptus littéraires | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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