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17.06.2010

Le tapir, pour les Impromptus

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Sir Arthur n'aimait rien plus que les fleurs de sa roseraie.

À cette affirmation, des perfides auraient flegmatiquement ajouté qu'aux volatiles parfums des roses le disputait pourtant régulièrement les vapeurs du whisky. D'autres auraient pu feindre l'étonnement en se réjouissant d'apprendre que Sir Arthur put encore aimer. Les moins mauvaises langues, qui n'étaient pas nécessairement les moins pâteuses, d'avoir partagé les nuits interminables d'Arty savaient.


Le mal qu'il tentait de noyer n'était pas celui du pays que la passerelle des tours Petronas aurait pu lui inspirer en évoquant un dérisoire Tower Bridge. Les sombres pensées qu'il enivrait d'alcool ambré ne venaient pas non plus des difficultés de la paternelle exploitation de caoutchouc. Il n'avait que rarement quitté la Malaisie depuis son enfance, et son éducation l'avait protégé des trivialités. Du moins le croyait-il.


Au milieu de ses arbres qu'il plantait, taillait, soignait, arrachait parfois non sans verser quelque larme quand la maladie l'emportait, le monde pouvait s'arrêter de tourner. Alors qu'il choyait ses jeunes pousses, et tentait des croisements improbables pour créer la plus belle des fleurs qu'il présenterait au festival de Putrajaya, plus rien ne pouvait le toucher. Jusqu'au jour où son fidèle jardinier se fit lui-même assister d'une de ses nièces.


Ce serait insulter son intelligence d'imaginer que le caricatural de la situation s'installant lui échappa. Ce serait piétiner son sens des responsabilité de croire qu'il eut put d'une once entacher l'honneur d'une jeune fille en âge de se marier. Et ce serait faire injure à la qualité des sentiments qui l'animèrent que d'essayer de les décrire. Il aurait fallu bien plus que de la cécité pour ne pas comprendre les regards échangés après quelques semaines. Les roses semblaient bénéficier de la tendresse qu'ils ne pouvaient échanger, et s'épanouissaient comme jamais. Sir Arthur ne laissait rien voir, pensait-il, et dissimulait dans le poignet de sa chemise ce bracelet qu'il avait reconnu au pied d'une « Pierre de Ronsard ». Son jardinier lui-même dut penser qu'il n'y avait pas de hasard, et quand il dit chercher de nouvelles aides, invoqua sans discrétion le proche mariage de sa nièce. Cela faisait longtemps qu'elle était promise, et l'âge du mari apporterait honorabilité et sagesse à la famille. De fait, la jeune fille disparut, ainsi que la bonne humeur du jeune homme. Il ne fit rire que lui en affirmant après quelques jours de solitude qu'il était normal pour un sujet de Sa Majesté de préférer aux effluves des « Bourbon » les vapeurs de whisky.


Un compagnon de bar affirma connaître la voie de la guérison, confiant qu'il savait faire disparaître les mauvais rêves. Il assumait d'être une caricature d'occidental perdu en extrême-orient, avec l'aplomb que lui donnait le recours régulier à l'alcool de genévrier. Au Japon je suis un « gars 'in gin' » prétendit-il sans sourire, et il assit d'autant plus sûrement son autorité sur Arthur que ce dernier n'attendait que d'être délivré de son tourment.


Il fallut s'installer dans la serre principale afin de sombrer dans le sommeil en compagnie de celui qui devait dévorer ses cauchemars. L'animal avait une drôle de tête, comme s'il était le fruit de croisements hasardeux de dieux épris de boisson. Puisqu'il semblait bien plus craintif que dangereux, tout en restant calme, Sir Arthur n'eut aucune peine à s'endormir parmi ses fleurs, égrainant les perles qui ne le quittaient plus.


Dans tous les bruits du jardin, il n'y avait aucune chance raisonnable d'entendre la poignée de porte que mouvait une main délicate à laquelle manquait un bracelet. Il n'y avait aucune chance... et son tapir galopa joyeusement sur les vastes étendues de la roseraie sous la lune.

 

***


La consigne était de rédiger un texte terminant par "et son tapir galopa joyeusement sur les vastes étendues..." et toutes les contributions sont sur cette page.

11:42 Écrit par Gee Mee dans Jeux d'écriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : impromptus littéraires | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Il y avait gageure c'est certain, avec une telle chute. Vous avez relevé le défi haut la main !

Écrit par : Gicerilla | 14.07.2010

Répondre à ce commentaire

C'est gentil de votre part, je vous remercie... Cela devrait me convaincre de ne pas faire tomber la main levée sur l'auteur de la consigne de la semaine ;-)

Écrit par : Gee Mee | 09.08.2010

Les commentaires sont fermés.